J'imagine mon texte avec le début et la fin d'un livre

 

Chacun choisit un livre, relève la première phrase et la dernière

 

Chacun imagine un texte qui commencera par la première phrase

et se terminera par la dernière, sur un thème libre

 

 

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Lelong - Vrilles de la Vigne022

wikimédia

 

« – Tu vas à la pêche Vinca?

       Oui, je prends mon seau et mon filet et je pars près de La Pointe Courte à la pêche aux étrilles. Veux-tu m'accompagner?

       Te souviens-tu de nos amours passées? Il y a déjà bien longtemps notre relation amoureuse avait débuté ainsi.

       Les étrilles! Quel fallacieux prétexte et quel malheur! Je te les avais cuisinées avec plaisir, amour et quelques arrière-pensées. Mais après la pêche, tu es parti sans jamais revenir. Je t'ai attendu en vain pendant bien longtemps. Les années ont passé, j'ai vieilli, et je ne suis plus jamais revenue à la pêche aux étrilles.

       Pardonne-moi,Vinca, car je me rends-compte maintenant , qu'un peu de bonheur, un peu de plaisir ,je ne t'ai donné que  cela...que cela. »

 

Jean-Pierre                                (Le blé en herbe"     Colette)

 

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Khalil Gibran - Autorretrato con musa (1911)

wikimédia

 

Almustafa, l’élu et le bien-aimé, l’aurore de son propre jour, avait attendu  douze ans dans la ville d’Orphalèse le retour du bateau qui devait le ramener sur son île natale.

Douze longues années de solitude et de tristesse, loin des êtres  chers à son cœur.

Il avait travaillé dur à orphalèse, tantôt chamelier, tantôt vendeur de thé ou même tailleur de  djellabas. Il avait tout fait, il avait tout vu, tout entendu, lui l’élu, le bien-aimé…

L’élu, le bien-aimé mais pour qui, pourquoi ???

Il avait échoué sur ces rivages lointains douze années auparavant. Les pirates avaient attaqué et coulé le navire marchand sur lequel il voyageait. Il avait été laissé pour mort, la marée l’avait gentiment déposé sur le rivage.

Il avait survécu, pour qui, pourquoi ???

Enfant, sur son île natale, tout le monde le vénérait. Le grand prêtre lui avait prédit un avenir radieux, un chemin pavé d’or !!! Aujourd’hui à l’horizon, il avait vu une grande voile qui se rapprochait, c’était son bateau.  Il en était sûr. Comment l’avaient-ils retrouvé ?? Il allait retrouver les siens, son île. Avec joie et impatience, il monta sur le bateau, Quel accueil !!! :

«  Ô Vénéré, Ô Élu, Ô Bien-Aimé !!! Tu es sain et sauf !!! »

Le bateau voguait à tout à allure vers son île quand soudain une énorme tempête les frappa de plein fouet. Almustafa fut emporté par la furieuse tornade, loin, très loin, sous les yeux effarés des membres de l’équipage !!!

«  Ô Vénéré, Ô ÉLU, Ô Bien-Aimé, reviens …..!!!! » 

Almustafa leur répondit :

«  N’ayez crainte hommes de peu de foi, car je vous le dis :

Un court instant, un moment de repos sur le vent, et une autre femme me donnera naissance.

 

Christine                     ("Le prophète"     Khalil Gibran)

 

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Metamorphosis

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« Un matin, au sortir d’un rêve agité, Grégor Samsa s’éveilla. » Grégor Samsa, c’était le surnom que je donnais à mon ami Michel, en référence au personnage de Kafka, dans « La métamorphose ». En effet, depuis qu’il avait lu cet ouvrage, Michel, qui était un personnage particulier, d’une naïveté extrême, d’une sensibilité extrême, qui vivait en permanence dans la lune, dans un monde différent du nôtre, était persuadé que dans chaque insecte se cachait un homme.

Donc ce matin-là, après son réveil, Michel vint me voir, très excité, et me dit qu’il avait vue en rêve une nuée d’insectes furieux contre les hommes qui détruisaient peu à peu les conditions de vie sur la terre, se transformer en une armada humaine, armée jusqu’aux dents et décidée à éradiquer tous ceux qui ne respectent pas la nature. Je me mis à rire et lui dit que tout le monde aspirait au respect de la planète, mais qu’il n’avait fait qu’un rêve et qu’ici, les citrouilles ne se transformaient pas en carrosse, ni les rats en laquais, et que les insectes menaient leur vie d’insectes, et c’est tout.

Puis j’oubliai cette histoire jusqu’au jour où je remarquai le curieux manège de Michel. Tous les jours, il transportait des boîtes en carton dans une grange, en prenant mille précautions pour ne pas être vu, même de moi. Que pouvait-il bien trafiquer ? Ma curiosité ayant besoin de réponses, un jour, j’entrai en secret dans la grange où je fus accueilli par un bourdonnement assourdissant et je vis –oui, je vis– un grouillement d’insectes de toutes races, volants, rampants, ayant investi l’endroit du sol au plafond et recouvrant les murs. Je refermai la porte en hâte, n’osant imaginer l’idée qui avait pu germer dans le cerveau de Michel.

Je surveillai donc, sans rien laisser paraitre, les allées et venues de mon ami. Puis un soir, sortirent de la grange des grondements, des bruits de voix, des cliquetis de pièces métalliques, alors j’eus peur, oui, je l’avoue, et n’osai ni ne voulu en savoir davantage. Je m’enfuis loin de ce vacarme et allai me cacher tout au fond de mon lit.

Le lendemain, silence, plus rien, tout avait disparu.

Je me souviens bien de ce jour, car peu après, il y eut toutes ces catastrophes dans les centrales nucléaires et les usines chimiques. Elles furent toutes détruites et on ne sut jamais quelles en étaient les causes…..mais la planète s’en porta beaucoup mieux, même si nos habitudes furent un peu bouleversées.

Puis, comme vous le savez, j’écrivis mon premier livre, puis les suivants, alors maintenant, au moment d’entrer dans cette prestigieuse institution, j’ai souhaité partager cette histoire, sans la commenter, car « même avec vous, éminents Messieurs de l’académie, je me suis contenté de relater ».

Gill                          ("La métamorphose"        Franz Kafka)

 

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Mars rocks

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Dans le premier vaisseau intersidéral, construit par la "Nasa", venait de s'installer toute une famille de cosmonautes, dont une femme ainsi que deux jeunes enfants. Leurs parcours étaient déjà bien définis et chacun s'affairait à se répéter toutes les consignes, se rappeler aussi l'utilité de tous ces instruments bien spécifiques à une cabine large mais dépourvue d'apesanteur, ce n'était pas toujours très facile d'éviter un compagnon qui arrivait flottant bras et jambes écartés et qui venait de lâcher sa tasse de potage lyophilisé, ou son bœuf bourguignon extra sec, dont les petits morceaux se répandaient ressemblant fort à des confettis un jour de carnaval ! Chacun essayait de l'aider à qui mieux-mieux en riant aux éclats ! L'ambiance était bonne et tout le monde communiquait à travers des scaphandres confortables. De grands hublots laissaient entrevoir dans la nuit noire, des météorites rouges comme des braises, d'autres plus sombres, qui heurtaient de temps en temps la carlingue. Puis,  Oh ! les anneaux de Saturne, un voyant lumineux rouge clignota, attention ! Turbulences, tout le monde se rua, pour s'attacher, le vaisseau fut secoué de spasmes vigoureux, mais chacun restait confiant et communiquait avec la terre. Leur destination était Mars, la planète rouge, couverte de sable blanc. Il était entendu que chacun devait faire le plein d'échantillons de roches, de déchets séchés, mais aussi de rêves !

Le voyage s'annonçait long, on avait passé Pluton, puis venaient les étoiles, Véga, quelque fois lumineuses, d'autres plus pâles, presque timides, si loin du soleil. Enfin ce fut l'arrivée, la porte s'ouvrit et les parents sortirent en premier, puis vinrent les enfants, tous marchaient en conquérants. Le dernier fut le plus jeune des enfants, se dirigeant vers la face sombre de la planète, il attendait, il était maintenant maître du monde et il n'était pas sûr de ce qu'il allait faire ensuite. Mais il lui viendrait bien une idée.

 

 

Christine         (2001:L’Odyssée de l’espace     Arthur C. Clarke)